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S C O R E   A N A L Y S E S

SCORE ANALYSES

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SOMPTUEUX

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LA VÉRITABLE 

HISTOIRE DE LORD

GREYSTOKE

GREYSTOKE

Le Chef-d'oeuvre

de John Scott

Inoubliable !

GREYSTOKE

THE LEGENDE OF TARZAN

ORIGINAL SOUNDTRACK

 Grand classique du cinéma d’aventure britannique des années 80, « Greystoke, The Legend of Tarzan, Lord of the Apes » s’inspire du célèbre roman d’Edgar Rice Burroughs pour ce qui reste à ce jour l’une des plus belles adaptations de Tarzan au cinéma.

Filmé de façon très académique par Hugh Hudson (cinéaste de « Chariots of Fire » et

« Revolution »), « Greystoke » permit à Christophe Lambert de se voir offrir le rôle de sa carrière dans la peau du célèbre homme-singe.

 

L’historie du film reste similaire à celle du livre d’origine : le récit se déroule au 19ème siècle. Après un naufrage en mer, un homme et une femme enceinte se retrouvent condamnés à survivre dans la forêt d’Afrique équatoriale. Ils se réfugient alors dans une cabane construite dans les arbres, mais la femme meurt de maladie après avoir mis au monde leur fils, tandis que l’homme est tué par des singes. C’est alors qu’une guenon découvre l’enfant et décide de le recueillir, après avoir perdu son petit. 20 ans s’écoulent alors, lorsque l’explorateur belge le capitaine Phillippe D’Arnot (Ian Holm) découvre le jeune homme-singe dans la cabane abandonné et comprend qu’il est un descendant du compte de Greystoke. D’Arnot décide alors de ramener le jeune Tarzan à la civilisation, à la découverte de ses origines humaines. « Greystoke » reste un film d’aventure flamboyant et grandiose bien qu’un brin académique, magnifié par la beauté des décors africains – le film a été tourné en partie au Cameroun - et ceux du manoir Greystoke, sans oublier les effets spéciaux remarquables de Rick Baker, qui s’est occupé de l’animation des singes et de certains maquillages.

Outre un casting de grande qualité (le meilleur rôle de Christophe Lambert au cinéma, entouré d’Andie MacDowell, Ian Holm, Ralph Richardson, etc.), « Greystoke » nous offre aussi une histoire résolument tragique sur les difficultés d’intégration du jeune John Clayton alias Tarzan, tiraillé entre le monde animal et celui des hommes, une histoire dramatique remplie d’émotion qui nous incite par la même occasion à réfléchir sur la nature humaine et les limites du monde civilisé. Un classique incontournable en somme !

Prévue à l’origine pour un autre compositeur, la musique de « Greystoke » fut finalement confiée au maestro britannique John Scott, qui composa pour le film de Hugh Hudson l’une de ses plus belles partitions pour le cinéma.

Le cinéaste avait déjà collaboré par le passé avec Vangelis sur « Chariots of Fire », pour lequel le compositeur livra l’une de ses plus célèbres partitions électroniques pour le cinéma. Mais pour « Greystoke », Hudson souhaitait une approche musicale plus classique, et aussi plus proche de l’ère post-victorienne de la Grande-Bretagne, un style que maîtrisait amplement John Scott. 

Fort de son savoir-faire et de son goût pour une écriture symphonique éminemment classique et romantique, John Scott fait appel au prestigieux Royal Philharmonic Orchestra (qu’il a l’habitude de diriger régulièrement) pour nous livrer une composition d’une puissance lyrique et épique particulièrement saisissante, sans aucun doute l’une des plus grandes musiques de film des années 80 (et de loin l’une des partitions préférées des fans de John Scott).

Le score de « Greystoke » repose avant tout sur deux thèmes principaux mémorables, un premier thème, solennel et paisible, dont la mélodie, quasi pastorale, évoque clairement les étendues majestueuses du manoir Greystoke. L’autre thème, plus lyrique, est associé à Tarzan dans le film et évoque son lien avec la nature tout en suggérant l’innocence du héros, innocence qui sera vite mise à mal lors de sa rencontre avec la civilisation humaine.

Le thème de Tarzan est d’ailleurs l’un des plus célèbres thèmes de John Scott, et aussi l’attraction principale de la partition de « Greystoke », thème protéiforme que Scott développera à loisir tout au long du récit, sous une forme parfois romantique, parfois plus guerrière et héroïque, ou parfois même plus intimiste et dramatique. Dès la première piste de l’album, « The Family », Scott choisit de nous faire découvrir ses deux magnifiques thèmes, d’une noblesse et d’une élégance déconcertante. Le thème de Greystoke est exposé par des cors solennels aux consonances résolument britanniques (on pense autant à Elgar qu’à Holst ou Vaughan-Williams), tandis que le thème de Tarzan est très rapidement développé par l’orchestre, passant d’un pupitre à un autre – cordes élégantes, cuivres nobles, bois légers et pastoraux, etc. – On appréciera ici la force et la richesse exaltante des orchestrations, témoignant d’un savoir-faire irréprochable digne des grands maîtres de la musique symphonique d’antan, la partie centrale de « The Family » prenant même une tournure quasi impressionniste avec ses vagues d’instruments que n’auraient certainement pas renié Debussy ou Ravel (après tout, une bonne partie du film se déroule dans la nature sauvage).

 

Enfin, la richesse des harmonies, très romantiques d’esprit, confirment encore une fois l’inspiration totale de John Scott, qui semble avoir trouvé dans l’aventure de Tarzan un moyen de concrétiser toutes ses idées et ses préoccupations musicales, qu’il s’agisse des grandes mélodies lyriques et élégantes (avec un soupçon de classicisme britannique) ou des grands déchaînements orchestraux guerriers et virtuoses, une autre facette bien connue du style musical plus fougueux et orageux de John Scott, spécialiste des grandes musiques d’action tonitruantes.

Dans « Greystoke », Scott réutilise un mouvement de la fameuse première « Symphonie » d’Edward Elgar lors de l’arrivée de Tarzan au manoir des Greystoke, un morceau que le compositeur a donc parfaitement adapté pour les besoins de la scène, et qui rappelle ici aussi le classicisme britannique élégant de la musique du film d’Hugh Hudson.

C’est avec « Catastrophe » que la partition de John Scott prend enfin une tournure plus sombre et agressive, avec le premier grand déchaînement orchestral du film. « Catastrophe » illustre avec fracas et chaos la séquence de la mort des époux Clayton et la première attaque de singes au début du film. Dès les premières secondes du morceau, Scott utilise une combinaison de bois (incluant un piccolo) assez étonnante sur fond de cordes ondulantes pour évoquer le naufrage du bateau des Clayton, tandis que le thème de Greystoke est déjà brièvement annoncé ici par un hautbois plaintif sur fond de cordes sombres, lors du décès d’Alice Clayton.

Le morceau se conclut avec l’attaque des singes et la mort de Mr. Clayton, à grand renfort de percussions agressives, de cuivres massifs et de cordes violentes. C’est la complexité d’écriture de ces passages d’action qui apportera un punch incroyable à la partition de « Greystoke » et renforcera la tension virtuose qui se dégage des morceaux d’action tout au long du film.

Plus impressionniste et réjouissant, « Child of the Apes » évoque la jeunesse du petit John Clayton, alias Tarzan, alors recueilli et élevé par les singes dans la jungle. « Child of the Apes » suggère clairement, par son caractère pastoral enjoué et ses couleurs instrumentales très impressionnistes, la beauté des décors sauvages africains, tandis que le thème de Tarzan est développé ici à travers de multiples couleurs instrumentales aux consonances pastorales enjouées et rafraîchissantes.

 

Les choses se compliquent dans le violent « Pygmy Attack », morceau d’action barbare et guerrier avec ses effets de percussions métalliques saisissants et typiques de l’inventivité habituelle de John Scott, avec son lot de cuivres agressifs et virtuoses et de rythmes syncopés extrêmement complexes (et influencés de Stravinsky), lors de la scène où D’Amot est attaqué par des guerriers pygmées dans la jungle. La violence et la complexité extraordinaire de ce morceau d’action n’est qu’une introduction à une série de tours de force orchestraux tout aussi impressionnants. Plus étonnant dans ses recherches sonores singulières, « D’Amot Vision » évoque la vision de l’explorateur lorsqu’il rencontre pour la première Tarzan dans la jungle : l’apparition du personnage de Christophe Lambert permet à John Scott de proposer pour la séquence une combinaison instrumentale reprenant l’effet métallique singulier de « Pygmy Attack » dans un style plus mystérieux et quasi surréaliste (on croirait entendre un instrument électronique), alors que le thème de Tarzan est à nouveau présent.

Amateurs de déchaînements orchestraux musclés, vous allez être servis avec « Tarzan, Lord of the Apes », pour la scène où Tarzan affronte l’un de ses principaux rivaux singes dans la jungle. Les cuivres sont ici plus puissants que jamais, les percussions très présentes pour suggérer l’atmosphère tribale de la scène, et les rythmes, extrêmement complexes, comme d’habitude (on sent parfois l’influence du maestro Jerry Goldsmith). L’action reste encore à l’ordre du jour dans « Tarzan Leaves The Jungle » avec une écriture orchestrale plus torturée et complexe, tandis que « Edge of the World » évoque la première rencontre entre Tarzan et le monde « civilisé » lors de son arrivée dans un camp colonial dirigé par le sinistre Buller (David Suchet).

John Scott maintient une atmosphère sombre et tendue pour cette séquence à travers une utilisation latente des cordes, des bois et de la harpe. « Edge of the World » débouche d’ailleurs sur un nouveau morceau d’action déchaîné et complexe qui rappelle le « Sacre du Printemps » de Stravinsky (tandis que les ponctuations de cuivres et de percussions font parfois penser à « Amériques » de Varèse). Scott adapte ensuite la « Chanson du Matin » d’Edward Elgar dans « Gardens of Greystoke » pour une scène où Tarzan, arrivé au manoir, se promène dans les jardins de l’immense propriété en compagnie de Jane Porter (Andie MacDowell). Le départ de D’Amot permet à Scott de nous offrir dans « The Weight of Greystoke » un morceau extrêmement agité et torturé, avec son amoncellement de cordes angoissées au classicisme évident (on frôle parfois le style « Golden Age » hollywoodien des années 40/50).

 

Pour Tarzan, le départ de D’Amot est vécu comme un grand moment de solitude et de souffrance, d’où une reprise mélancolique et touchante du thème de Tarzan aux cordes et au hautbois à la fin du morceau. « Dance of Death » prolonge l’action encore une fois pour un nouveau déchaînement symphonique totalement décomplexé et virtuose, lors de la scène où Tarzan part libérer le singe de sa cage, avant d’être rattrapé par des gardiens, qui finissent par abattre le singe dans un arbre. « Dance of Death » mélange adroitement rythmes enjoués et dansants avec passages plus sombres et menaçants suggérant clairement le danger de la situation, débouchant sur l’explosion orchestrale enragée de « Half Of Me Is Wild ».

John Scott reprend ici les sonorités orchestrales associées dans le film à la jungle, et rappelle, de manière tragique, les origines de Tarzan et son impossibilité à vivre parmi les hommes, débouchant sur le retour à la nature dans le grandiose « Return To The Jungle » et son élan orchestral éminemment romantique et pastoral. John Scott nous offre donc une partition d’une beauté et d’une puissance saisissante pour « Greystoke », l’un de ses plus grands chefs-d’oeuvre et aussi une partition majeure de la musique de film des années 80, en tout cas, une référence incontournable dans son genre.

La musique de John Scott apporte un souffle épique et romantique spectaculaire au film d’Hugh Hudson et rappelle à quel point le musicien britannique était plus que jamais au sommet de son art à cette époque : un must de la musique de film, tout simplement !

ANALYSE MUSICALE DE QUENTIN BILLARD

 

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